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Actualité, Expositions

Regard sur Mai 68 – dorothy’s gallery

27.05.08 | Adele Schumacher | Comment?

Ex-fan des sixties

Dans ces jours de mai où réapparaît le souvenir de 1968, Dorothy’s Gallery présente une exposition charmante et ludique des photographies d’Alain Quemper, pour tous les amoureux de cette époque devenue légende. Cette exposition n’entend pas apporter une nouvelle lecture historique ou sociologique, ni même culturelle des évènements d’il y a quarante ans. C’est une invitation au voyage, à la flânerie tranquille au milieu des images du passé, du rock’n roll et des idoles.

Mai 68. Alain Quemper avait vingt ans. Il était reporter à l’agence Dalmas. Et il a parcouru les rues pour capter les instants du présent. Un quotidien passionnant qui offrait à tout photographe des images saisissantes. Un quotidien qui appartient maintenant au passé, et que la galerie a choisi de nous raconter.

Gainsbourg Birkin

Serge Gainsbourg et Jane Birkin

On entre dans une première salle comme on ouvre un album de photos de famille, des portraits de célébrité, Gainsbourg, Aznavour, Bardot, Mireille Matthieu, ses beaux sourires qui esquissent le bonheur. Quemper cherchait à saisir ces personnalités dans le mouvement, dans la surprise de l’expression, ainsi Delon figé dans la grimace de sa bouche et ses yeux. La dimension atemporelle du gros plan, leurs visages de rêve, presque divins, ont fait de ces clichés des images d’icône. On quitte ce monde merveilleux pour rejoindre la seconde salle consacrée à la sphère politique. Les hommes du pouvoir déclament, discutent, chuchotent, maintenant suspendus dans le silence photographique. Aux portraits politiques s’opposent et s’affrontent les images collectives, celles du peuple et des manifestations, la symbolique représentation de la statue de la Marianne avec les enfants de la République à ses pieds. La révolte va commencer. On entend au loin les chansons populaires, les slogans étudiants. Une troisième salle nous montre un monde plus quotidien, la devanture d’une charcuterie dans une rue déserte, une voiture enfouie sous la neige, ou encore deux hippies qui essaient de trouver leur chemin, sur les lignes d’un plan de métro.

Malraux

André Malraux

La mise en scène des photographies de Quemper, environ une centaine, suit une élaboration assez simple. Au-delà de la répartition thématique, la galerie a exploité la disposition de ses salles en enfilade pour évoquer la hiérarchie des sphères qui embrasent l’univers 68 : c’est d’abord le monde idéal des célébrités, puis à un niveau inférieur la communauté politique et la foule révolutionnaire, et enfin, au bas de l’échelle, la société de 1968, dans ses activités plus triviales, les petits riens du quotidien. La prise de vue des photographies participe aussi de cette progression décroissante : du plan rapproché des portraits de célébrité, on parvient ensuite à un large angle de vue, propre au paysage. L’exposition s’achève ainsi par la projection d’un film documentaire, d’images d’archives, qui rappellent le contexte de 68, la description des évènements du mois de mai parisien, mais aussi ceux d’autres pays comme les manifestations américaines contre la ségrégation raciale. Dans cette ultime salle, grande, aérée, s’ouvrant sur un joli patio de verdure, les canapés du cuir capitonnés où on vient se lover, des chips dorées et du jus d’orange abandonnés sur la table basse, on s’y installe comme dans un salon chaleureux et feutré, assis de façon désinvolte en regardant sur les écrans les images de la révolte.

Manif à la république

Manifestation à République

C’est enfin cette atmosphère intimiste de la galerie qui fournit un ravissant écrin aux photographies de Quemper. L’harmonie des lieux avec la poésie des images offrent ainsi une envoûtante balade aux visiteurs. Le parquet et les murs blancs d’un univers ouaté, le charme du vétuste d’un escalier de bois en colimaçon, se laisser bercer par les voix de Jean Ferrat ou de Bob Dylan, scruter les étagères où reposent des livres et des photos négligemment laissés là, chiner dans les caisses de bois où sont disposées les photos de Quemper, que l’on peut feuilleter à sa guise en utilisant de petits gants blancs, l’errance délicieuse sur les traces du passé. Venez ainsi vous promener dans le quartier du XIème arrondissement, cheminer sur les avenues bruyantes des manifestations d’hier et de demain, et vous plonger ensuite quelques instants dans la quiétude de cette galerie et ses images de la magie de 1968.

Adèle Schumacher

Dorothy’s Gallery
22 rue Keller 75011 Paris
Métro Bastille

L’exposition se termine le 2 juin, et un vernissage de clôture est organisé le jeudi 29 mai à partir de 18 :00 en présence d’Alain Quemper.

Belmondo

Jean-Paul Belmondo et Ursula Andress

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