
Birkholz - 353 Days in Iraq, 205 Days in Afghanistan. 2004 © Suzanne Opton
« Les êtres humains continuent à s’entre-tuer, ils n’ont pas encore compris comment ils vivent, pourquoi ils vivent ; les hommes politiques ne remarquent pas que la terre est une entité, […] demain nous pourrons regarder dans le coeur de nos congénères, être partout tout en restant seuls. On imprime des livres illustrés, des journaux, des magazines – par millions. La réalité sans ambiguïté, la vérité au quotidien sont là pour toutes les classes sociales. [Pourtant] l’hygiène de l’optique, la santé du visible, nous gagne lentement. » Laszlo Moholy-Nagy.
Ces phrases d’un photographe hongrois sur le poids des images dans notre société remontent à 1925. Avant Debord et la Société du spectacle, avant l’arrivée et la diffusion massive des techniques de manipulation de l’image, Moholy-Nagy avait soupçonné qu’une production exponentielle d’images dans l’espace public n’aide pas à mieux comprendre le monde et qu’elle incite d’autre part à épurer, lisser le réel pour en faire un spectacle acceptable, propre et légitimant auprès de la population.
L’exposition Portraits : faire face(s) de la galerie lyonnaise Le bleu du ciel, organisée en collaboration avec le Musée de l’Elysée de Lausanne et extraite du projet plus large de l’ouvrage Faire Faces, présente plusieurs clichés contemporains qui font écho à cette notion de « l’hygiène de l’optique », à travers leurs manipulations autour de la forme traditionnelle par excellence qu’est le portrait.
Sur les murs d’un blanc lumineux, les larmes fictives d’hommes politiques passées maîtres dans l’art de masquer leurs émotions (J.David) , le maquillage de commerciales américaines (R.Hefti) ou de travesties thaïlandaises (T. Weisskopf), ou la couleur de peau de personnalités (T.Kalman), mais aussi des expériences de manipulations plus radicales (E.Lauvertein, K.Grove, S.Leen, etc.)… les travaux des dix-sept photographes témoignent ainsi de la malléabilité des images et de leur impact sur le regard du spectateur, forcément contingent .
Une exposition déroutante et suscitant la réflexion, un bel avant-goût des manifestations du festival Septembre de la photographie, organisées autour du thème de l’identité cet automne à Lyon.
Tristan Dufes

© Raphael Hefti Raphael Hefti , Esthéticiennes, 2002
Infos pratiques :
La galerie le bleu du ciel 10bis, rue de Cuire 69004 Lyon.Horaires : que le ciel soit bleu, gris, rose ou jaune, du mercredi au samedi, de 15h à 19h.
Contact au 04 72 07 84 31 ou sur la toile


