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Actualité, Expositions

Annie Leibovitz – A Photographer’s Life, 1990-2005?

18.09.08 | Tania Koller | 2 Comments

Annie Leibovitz - A Photographer’s Life, 1990-2005?
Mon frère Philip et mon père, Silver Spring, Maryland, 1988
© Annie Leibovitz/Contact Press Images
Une grande exposition internationale

Cette exposition itinérante « A Photographer’s Life, 1990-2005 » est organisée par le Brooklyn Muséum de New York, et à fait le tour des États-Unis. C’est à la MEP à Paris qu’elle est présentée pour la première fois en Europe, avant d’être remontée à Londres, à la National Portrait Gallery. Ce n’est pas un hasard si cette grande rétrospective est très attendue.Annie leibovitz est une photographe célèbre, elle a travaillé pour le magazine Rolling Stone de 1970 à 1983. Depuis 1983, elle est photographe au magazine Vanity Fair. Á 58 ans, elle a photographié les plus grandes stars, qu’ils soient hommes politiques, sportifs, acteurs, chanteurs ou hommes d’affaires : de George Bush à George Clooney, de Patti Smith à Bill Gates. Aujourd’hui, Annie Leibovitz est la portraitiste la plus demandée au monde. Et la plus chère.

A Photographer’s Life

Le parti pris de cette exposition est clair et radicale.

« Je n’ai pas deux vies distinctes, dit l’artiste. J’ai une vie, et les photos personnelles en font partie au même titre que les œuvres de commande. » – Annie Leibovitz

Ces photographies sont présentées chronologiquement sur une ligne de temps de 1990 à 2005. On peut y voir un cliché de star comme la fameuse photographie de Demi Moore nu enceinte, et à côté, une photographie d’une de ses petites filles. Sur les murs se côtoient alors son travail de commande éditorial pour les magazines Rolling Stone, Vanity Fair, Vogue, et des moments intimes (accouchement, famille, amour) à travers plus de 200 photographies. Un étonnant télescopage entre l’univers hollywoodien en couleur et le quotidien en noir et blanc.Brad Pitt, Las Vegas, 1994 - © Annie Leibovitz/Contact Press Images - Courtesy Vanity Fair

Brad Pitt, Las Vegas, 1994
© Annie Leibovitz/Contact Press Images - Courtesy Vanity Fair
Le portrait d’une époque – l’Amérique : clichés immortalisés

Le 8 décembre 1980, Annie Leibovitz photographie John Lennon nu et enlacé à Yoko Ono. L’ancien Beatles est ainsi immortalisé quelques heures seulement avant d’être assassiné. Son travail de commande repose sur cet aspect spécifique de la photographie et son pouvoir de saisir l’instant, un visage, une image par l’art du portrait. Ces célébrités, ces hommes politiques ont du pouvoir mais, à travers son talent, ils se payent une image éternelle. Tout comme ces grands peintres portraitistes de la cour. Cette rétrospective expose un temps, un portrait de l’Amérique, des stars de ce monde. Sans point de vu mais uniquement celui du portrait et de son sens. L’image qu’apporte la photographie, l’image photographique. C’est selon moi ce qui la différencie d’Avedon exposé au même moment.

“Le génie d’Avedon résidait dans ses talents de communicateur. Il poussait ses sujets dans leurs retranchements. Moi, j’observe. Avedon savait parler aux gens. Il savait de quoi leur parler. Dès que l’on engage la conversation avec quelqu’un, son visage s’anime. Il oublie l’objectif. Son esprit est occupé et son expression devient plus intéressante. Mais moi, je suis trop occupée à regarder mon sujet. Je suis incapable de parler. Je n’ai jamais eu ce don.” – Annie Leibovitz

Elle s’efface derrière les modèles et les enregistre. Il n’y a que la surface; ainsi qu’un talent de technicienne. Mais sous cet aspect, qu’on pourrait considérer comme glaciale, son travail n’est pas si conventionnel.  Annie Leibovitz - A Photographer’s Life, 1990-2005?

Susan Sontag, Pétra, Jordanie, 1994
© Annie Leibovitz/Contact Press Images
Un travail pas si conventionnel – vie privée vie publique

La conjugaison de ses photos publiques et de ses photos privées, dans des formats différents, à travers des postures différentes interpellent. Annie Leibovitz dévoile son intimité d’une manière franche, provoquant parfois un certain malaise, mais témoignant aussi magnifiquement de son amour pour Susan Sontag dans une Amerique puritaine. Des thèmes comme l’homosexualité, la douleur, le deuil sont abordés et mis en regard avec le conformisme et les paillettes. Tout cela dans une mixture improbable, on en ressort avec une certain malaise , dû aux différents vents qui nous portent. Mais c’est, selon moi, ce risque qui donne à cette exposition son intérêt. Elle est tout sauf claire, lisse et limpide. Tout se télescope, s’entrechoque, en laissant pour seul indice le titre de l’exposition «  A photographer’s life ». Oui, c’est bien cela la clef : il nous est donné à voir le travail obsessionnel d’un photographe. Que se soit face au star ou face à ses proches, elle cherche à enregistrer, à arrêter le temps. Elle fabrique des images et elle les collectionne en privé. En revenant sur l’origine du mot image, nous pouvons trouver une belle définition synthétique de son travail : en latin, « imago » désignaient les masques mortuaires : une fabrique d’image éternelle. Je pense avoir insisté sur le fait que cette rétrospective de Annie Leibovitz pouvait dérouter le spectateur. Mais elle n’en fait pas moins une exposition intéressante par son ambiguïté. Et cela, en contradiction avec ces images connues. Cette exposition fait sens à travers ce beau portrait qui est le sien. On y voit un photographe de grande ampleur, qui a pris un risque et qui n’en finit pas de questionner les propriétés de son propre champ d’action en brouillant les cartes. Tania Koller Annie Leibovitz – « A Photographer’s Life, 1990-2005 » À la maison européenne de la photographie jusqu’au 14 septembre

Maison Européenne de la photographie

Maison Européenne de la photographie
5/7 rue de Fourcy
75004 ParisMétro: Saint Paul ou Pont Marie.Bus: 67, 69, 96 ou 76.
Renseignements : 01 44 78 75 00
Entrée : 6 €Tarif réduit : 3 €
Plus d’information

2 Commentaires

  • Le 02.09.09 Robert Frank au Jeu de Paume | Fill-in a écrit:

    [...] est à la mode à Paris. Nous avons pu voir durant l’année passée Richard Avedon, Annie Leibovitz, Saul Leiter, une exposition sur la photographie américaine des années 70 … Le jeu de paume [...]

  • Le 12.24.10 iGAVEL : La photographie aux enchères | Fill-in a écrit:

    [...] et Jed Devine. Après ses études elle continua son apprentissage dans le studio de Michel Comte, Annie Leibovitz et Kelly Klein avant de suivre sa propre route. Son travail a été publié dans plusieurs [...]

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