
© Céline Anaya Gautier
En entrant dans la chapelle de Boondeal qui abrite, du 20 septembre au 16 octobre 2008, l’exposition de la photographe engagée Céline Anaya Gautier, on ne peut qu’avoir le souffle coupé. C’est que les photographies exposées en grand format sur les murs de la chapelle se veulent, avant tout, un puissant témoignage. Témoignage en hommage aux milliers d’Haïtiens qui arrivent, chaque année en République Dominicaine dans l’espoir d’une vie meilleure, et qui sont emmenés « en esclavage » dans des bateys, ces vastes exploitations agricoles de cannes à sucre qui longent la côte sud.
Des travailleurs loqueteux, des enfants souffrant de malnutrition, des femmes ravagées, parfois violées,…chacune de ces images frappe le spectateur par la beauté tragique qui s’en dégage. Chacune d’entre-elles révèle l’inimaginable. Le quotidien des coupeurs de canne est remarquablement décrit, dans tous ses aspects. Céline Anaya Gautier et Esteban Colomar ont, en effet, séjourné dans les bateys, durant deux mois, sous le couvert d’un statut de missionnaire et accompagnant les pères catholiques Hartley et Ruquoy . Ils ont ainsi partagé la vie de ses habitants.
Comment est-ce encore possible à l’heure actuelle? Pourquoi ne fait-on rien? Ces questions ne peuvent manquer de nous venir à l’esprit en voyant ces hommes, ces femmes et ces enfants usés par des conditions de travail qui relèvent de l’esclavagisme.
Michel Christolhomme, Directeur photos de l’association « Pour que l’esprit vive » révèle ce qu’est, pour lui, l’esclavage moderne : « L’esclavage existe encore. Malgré son Abolition et malgré la déclaration Déclaration Universelle des droits de l’homme. Il existe en République dominicaine où des dizaines de milliers d’Haïtiens sont esclavagés par des compagnies sucrières. Il en existe aussi dans nos pays « riches ». Des esclaves venus d’ailleurs : de l’Est, d’Asie, d’Afrique…Eparpillés, disséminés, regroupés…Peut-être en existe-t-il dans la ville où vous habitez, dans votre rue où même dans votre immeuble. Voilà donc l’esclavage moderne, avec ses milliers et ses milliers d’hommes, de femmes et d’enfants! »
Amnesty International s’est associée au projet et prévoit d’organiser une campagne pour alerter et mobiliser les opinions et interpeller les autorités haïtiennes. L’association a également sorti un rapport public donnant état des nombreuses atteintes aux droits des migrants d’origine haïtienne en République Dominicaine. Une lueur d’espoir dans une situation qui, à l’heure actuelle, relève du domaine de l’inconcevable ou du fantasque.
Marie-Noëlle Rasson
A voir également sur Fill-in.fr : Coeur de femmes, Céline Anaya Gautier
Du 20 septembre au 16 octobre 2008 Voir le siteChapelle de Boondael Square du Vieux Tilleul 10 1050 Bruxelles

© Céline Anaya Gautier


