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Actualité, Expositions

Saul leiter – Camera Obscura

07.10.08 | Tania Koller | 2 Comments

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Taxi, New York, 1957. © Saul Leiter

Si vous avez aimé la magnifique rétrospective de Saul Leiter, à la fondation Henri Cartier-Bresson, en automne dernier, allez vite à la galerie Camera Obscura prolonger ce plaisir. Si vous ne connaissez pas encore ce photographe ne manquez pas cette exposition qui présente une quarantaine de tirages réalisés en majorité dans le New York des années cinquante. Vous ne serez pas déçus.

Une très belle exposition de ses premières œuvres en couleurs.

La galerie Camera Obscura expose les premières œuvres en couleurs de Saul Leiter. Le choix d’exposer ces photographies, des premières années de son oeuvre, est très important . Elles représentent une partie intime de son travail. Il les a faites pour sa propre création sans chercher à les promouvoir. Elles ont été retrouvées sous forme de diapositives dans les archives du photographe.

Il y a peut-être trois raisons à ce refus de notoriété,

 - Dans les années 50 à New York, la photographie n’était pas encore perçue comme une discipline artistique même si de nombreuses personnalités la pratiquaient avec sérieux.

 - Le travail photographique de Saul Leiter est influencé par la peinture ; lui même étant venu à Paris comme peintre. Il a côtoyé les représentants de l’avant-garde (la deuxième génération des expressionnistes abstraits) qui craignaient de galvauder leur authenticité révolutionnaire. Être inconnu, confiait Saul Leiter, lui a toujours paru une position des plus confortables. Il partageait avec ses amis peintres cette conviction : ce gage de liberté.

 - De 1950 à 1980, il gagna sa vie en réalisant des reportages de mode pour de grands magazines comme Elle, Nova, ou Esquire. Ce qui oblitéra ce pan de son œuvre personnelle qui est resté totalement confidentiel pendant des années. Ce travail fut montré au Musée d’Art Moderne de New York en 1953 et en 1957, Edward Steichen, alors en charge de la photographie au MOMA, l’avait remarqué et inclus dans sa conférence « Experimental Photography in Color » en 1957.

Pendant 20 ans, il continua d’arpenter les rues, et son travail fut redécouvert bien plus tard, au milieu des années 1990. Aujourd’hui il est unanimement célébré et reconnu comme un grand maître de la photographie.

Un merveilleux coloriste : la vision d’un peintre sur son temps

La répartition des couleurs au sein de ses photos peut être qualifiée de pictural au sens littéral. Il orchestre ses photos par les éléments qui teintent la ville de New York. Les enseignes, les pancartes, les feux rouges servent à structurer son image au même titre qu’on élaborerait un tableau, par touches plus ou moins prononcées. Il accorde ses couleurs comme un chef d’orchestre composerait une partition par accord, tonalité dominante, point aigu du regard ; toujours nuancé dans des tons distincts et modulés. Son traitement de la couleur est très personnel, et novatrice à une époque où la photographie artistique était en noir et blanc. Il a influencé de nombreux photographes et l’on pourrait tirer un fil jusqu’à l’émergence d’une école de la couleur aux Etats-Unis, qui dans les années 70 prend une réelle importance avec Eggleston, Stephen Shore, Joêl Meyerovitz…

Il traite ses sujets avec une grande liberté et maîtrise. Il découpe ce qui l’intéresse au sein de cadrages toujours incongrus. Les figures humaines sont traitées comme des formes qu’il démembre à plaisir. Dans un deuxième temps seulement, nous pouvons apercevoir un marchand de journaux ambulant, un travailleur. Le sujet, l’anecdote semble chez Saul Leiter être dilué sous de multiples voiles, à travers différents obstacles. (Reflets, vitre embuée…) Toute notre attention est portée sur ce traitement si particulier de la couleur dont la subtilité doit certainement beaucoup à sa pratique de peintre. Le talent du photographe consiste précisément à débusquer des trouvailles insolites et quotidiennes. Il fait surgir des événements virtuels, là où il ne semble se trouver rien de particulier, accentué par les rythmes et les accords que le cadrage leur imprime. On devine l’infinie mobilité qu’il fallait à Saul Leiter pour parvenir à saisir sur le vif ces fugitifs instants. Il possède une perception exceptionnellement aiguë.

Un monde à part : Un réel aérien et suspendu

Saul Leiter est un véritable metteur en scène, il saisit un entre-deux mondes délicat à mille lieux de la dureté d’une telle métropole : un monde flottant, embué. La condensation sur les vitres présente dans de nombreuses photos, fait l’effet de miroirs ou plutôt de voile. Nous pouvons dire que les conditions du visible et météorologiques mettent à l’épreuve le corps ; son poids aérien. Tout semble être atténué comme par miracle. Ce chromatisme patiné semble remplir une fonction symbolique : celui du souvenir. Ses images sont nimbées d’un voile de tendre nostalgie, elles métamorphosent la réalité pour créer un univers à la fois poétique, onirique et apaisante.

La lumière est un des principes esthétiques de l’œuvre dans ces dispositifs multiples : fenêtre, condensation, vitre. Mais si elle n’est plus transcendante, elle n’en demeure pas moins ambiguë d’un côté, elle dématérialise toutes les choses, en rendant le réel aérien et suspendu. Mais de l’autre, elle incarne le réel, elle le donne à voir et introduit une matérialisation du temps et une temporisation des formes.

En ce sens, elle est un espace-temps propre à l’élargissement du champ des arts, aux passages entre médiums. (de la peinture à la photographie plusieurs traversées sont possibles.) Saul Leiter est un peintre photographe ou photographe peintre, en tout cas cette dualité rend son œuvre d’une grande richesse.

« Les voiles  chromatiques » de Saul Leiter, au lieu d’accélérer la transparence des êtres et des choses, remettent de l’énigme dans le monde. « Voiler pour mieux dévoiler » semble être son propre mode opératoire.

Tania Koller

A voir également sur fill-in.fr :  la magnifique rétrospective de Saul Leiter, à la fondation Henri Cartier-Bresson

Galerie Camera Obscura
268, boulevard Raspail75014 Paris
Métro : Raspail (ligne 4 et 6)
Plan
Accueil du public du mardi au samedi, de 13h à 19h

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© Saul Leiter

2 Commentaires

  • Le 10.07.08 herwann a écrit:

    yes je ne manquerai pas d’y aller, je me suis trompée de jour la semaine dernière, cela ne se reproduira plus… et merci pour l’envie renouvelée après cette belle critique

  • Le 11.15.10 Thomas Liegeard,"Visions au Sichuan" | Fill-in a écrit:

    [...] par différents photographes dont le travail me touche. Cartier Bresson, Ralph Gibson, Salgado, Saul Leiter, Depardon, Steve Mc Curry font partie de mes préférés car ils allient la beauté et [...]

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