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Actualité, Livres, Photographes

Eddy Brière : « 7 minutes de plaisir » ou comment la photo part en fumée

18.11.08 | Adele Schumacher | 1 Comment

Couverture

© Eddy Brière - Editions Danger Public.

Eddy Brière et Stéphanie Vaillant proposent un petit livre de photographie où la cigarette, ennemie publique n°1, est à l’honneur.

C’est un soir de semaine. Un jeudi, pour ceux qui aiment goûter aux joies d’une soirée avant les autres. On arrive un peu fatiguée après une journée de boulot. Une invitation à souffler devant une exposition de photos. Le thème : une cigarette en voie d’extinction.  Au pas de porte de la galerie, déjà un groupe de fumeurs qui discutent. L’exposition a commencé dehors. Pour la sauvegarde de ce bâton fumé. On entre dans cet espace atelier marchand, l’exposition est déjà terminée. Une immense salle aux murs blancs, vétuste, déserte, deux trois photos perdues là. Elles narguent bien des visages avec une cigarette, on est donc au bon endroit. Mais on s’interroge. Deux photos, c’est un peu court. Est-ce la suggestion de la fin d’un monde, celui de la cigarette chassée, interdite, qui sera bientôt un souvenir lointain que d’autres générations iront regarder au musée ? Non. On n’y croit pas. Le propos n’est pas là.

On refait un tour dans cette salle si vide. On se sent un peu cotonneuse. Allez on refait un tour : non, décidément. Une pièce abandonnée où le regard ne croise que des tréteaux offrant cacahouètes et alcools variés, un canapé abîmé. Des jeunes actifs branchés qui se retrouvent pour un apéro après le boulot. On était sur le point de partir, quand un escalier dérobé fait son apparition. Ah, tout de même. Mais pourquoi caché si fort cette exposition ? On descend les marches en colimaçon, les photographies apparaissent alors sur une même ligne droite, les murs de la salle hâtivement peints en blanc pour ne pas laisser de trop l’aspect d’une cave en ruine. Aucune recherche sur la présentation, la mise en scène, les jeux de lumière et les formats. Simplement des clichés comme accrochés chez nous. Sept minutes de plaisir ou comment une exposition part en fumée.

Ce sont des portraits, essentiellement d’acteurs et d’actrices, la cigarette en vedette. Montrer le charme de cette pose suspendue, et le mouvement ondulant de la fumée. Ce petit bâton blanc, qui n’est pas qu’un accessoire, mais un attribut qui gonfle une personnalité, un rôle. Un appel à la rêverie, l’évasion, la mélancolie, par ces nuées qui montent en enveloppant l’espace. Oui, on connaît ce topos de la cigarette. Mais ici on commence à croire que ce n’est qu’une simple réunion entre fumeurs et fiers de l’être. Une expo alanguie et sans magie. Afficher sa clope, parce que oui, fumer, c’est branché (pardon les associations anti-fumeurs). Ça donne une contenance, une dégaine. Voilà une exposition sur l’apologie de la cigarette, bye bye la photographie.

Bon, on est un peu sévère. L’histoire d’une déception. Parce que l’ouvrage, qui est véritablement l’objet de cette exposition, est mieux réussi. Sous un format carré et un papier glacé, on tourne ce portfolio avec plaisir. Sans texte, le livre présente des photos de mode ou de cinéma, des portraits brandissant une cigarette avec arrogance et allure, des portraits de stars au repos, qui prennent la pause clope, angélisés ou virilisés selon le sexe, et ainsi nimbés d’une fumée qui laisse l’idée d’une divinité. Eh oui, la cigarette ce n’est pas pour les mortels, c’est le privilège des dieux.

Adèle Schumacher.

A voir

http://7minutes.eddy-briere.com/

L’ouvrage

7 minutes de plaisir, photos d’Eddy Brière, Editions Danger Public, 80 pages, 15×18 cm, 12 euros.

L’exposition

Chez Door Studios
9-9 bis rue Lesdiguières
Paris IVème

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

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© Eddy Brière - Editions Danger Public.

1 Commentaire

  • Le 01.28.09 Emilie a écrit:

    Je crois que ça va bien au delà de ça, à vrai dire. Au delà d’un quelconque privilège, à part celui de pouvoir encore fumer là où on le souhaite. Bon.
    Je me demande ce que vous attendiez en venant là, pourquoi c’est « l’histoire d’une déception ». Parce que le petit exposé lyrique que vous nous faites sur la photographie et la clope peut trahir certaines de vos attentes. Ou pas, mais là, on se perd ensemble dans l’extrapolation par manque de contenu textuel. C’est l’erreur de beaucoup de critiques d’art vis à vis d’artistes qui refusent le titre, le théorique, voire, la surenchère.

    Je ne suis pas allée à l’exposition, et c’est mon tort, mais je vais me rattraper. J’ai acheté le livre en revanche.

    Ceci dit, 7 minutes de plaisir n’est même pas, à vrai dire, une ode à la cigarette. Il n’y a pas plus straight edge qu’Eddy Brière à ce niveau là. Son regard sur la cigarette est le même que celui qu’il a sur les femmes, il suffit de regarder son travail pour s’en rendre compte. Ses photos sont encrées dans un univers narratif ou la cigarette remplit sa fonction analogique à l’attente, la séduction, la solitude, la réflexion. Aucun besoin de voir là quelque chose de surjoué, c’est tout simplement « comme dans un film ». Et d’ailleurs, il n’y a pas de mal à voir du « Coffee and cigarettes », du « pulp fiction », du « réservoir dogs »… Le contexte est trop évident. Et Eddy, c’est ça aussi: un rêveur, visuel au possible, dont le monde esthétique est tellement proche du cinéma, tellement éloigné des surcouches artistiques et contemporaines, qu’il semble finalement offrir des images toutes simples, directes, qui se donnent comme ça. Ca peut gêner, mais là est le paradoxe entre l’anticonformisme et le conformisme des salles d’expos d’aujourd’hui: Qui l’est, qui ne l’est pas ?

    Après, 7 minutes est surtout l’affaire d’une histoire concrète: Ces 7 minutes, là, où l’on voit par exemple M’sieur Jean Marc Barr, en train de fumer, c’est probablement les 7 seules minutes qui lui a vraiment données. Car c’est aussi ça, être photographe de presse, les stars filent et ne restent que le temps d’une cigarette.

    Voila, je prend le temps de répondre, seulement parce que j’apprécie l’univers d’Eddy Brière. Je ne le connais pas beaucoup, mais pour le peu que j’en sais, je me sentais de vous répondre (:

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