
© Copyright Beauté de Femme 186x216 cm 1999
L’équipe de Fill-in a rencontré Dany Leriche et Jean-Michel Fickinger. Professeurs aux beaux arts de Nancy mais également dans une école de Bamako, ces deux photographes représentés par la galerie Baudoin Lebon se présentent pour fill-in.fr, entre une exposition à Paris Photo et un voyage au Mali!
Fill-in: Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Dany Leriche: Je suis une artiste plasticienne nommée Dany Leriche. Depuis une quinzaine d’années je suis connue pour mes photographies dont je suis « le metteur en scène ». Je travaille avec Jean-Michel Fickinger, mon compagnon de route depuis de longues années, qui est directeur de la photographie sur toutes les photos et s’occupe également des retouches numériques et des constructions 3D quand elles sont nécessaires, pour certains décors.
Mon travail de recherche se situe autour de l’image de la femme et de l’idéal féminin construite à partir de la peinture occidentale, de la renaissance à Manet et Courbet.
Depuis quand pratiquez-vous la photographie ?
Jean-Michel Fickinger: sérieusement depuis 1978
Comment avez-vous découvert la photographie ?
JMF: Dans un labo amateur, en regardant quelqu’un faire tirage; c’était magique.
Avec quel type de matériel avez-vous débuté ?
JMF: Rolleicord et Nikormat
Quelques anecdotes sur les étapes de votre apprentissage ?
JMF: sans rentrer dans les détails (il y aurait trop de choses à raconter), les meilleurs souvenirs sont ceux de la période d’assistanat au studio Pin Up.
Si vous citez UN photographe qui vous inspire particulièrement, qui serait-il ?
JMF: n’en citer qu’un seul serait réducteur;
Avec quel matériel travaillez vous ?
JMF: moyen format en argentique, rarement la chambre et 24×36 en numérique
Quel(s) type(s) de photos réalisez-vous ?
DL: Allégories, grandeur nature,représentées par des femmes nues avec attributs, qui vont définir des notions abstraites par exemple:la Philosophie, la Virilité, Beauté de Femmes, Destinée etc..
Une raison particulière à cela?
DL: savoir d’où l’on vient…
Êtes-vous attiré par un autre type de photos ? si oui lequel ?
DL:Toutes les mères et filles de tous pays m’attirent et me questionnent: sur les notions de Familles ,Transmissions, Héritages culturels, Liberté, choix de vie, de travail, d’aimer, etc…
Pourquoi avoir choisi ce sujet ? vous touche t-il personnellement ?
DL: Dans quelques jours, nous retournons au Mali, photographier des Mères en Madones face à leurs enfants. Ces enfants seront présentés comme dans des aquariums, où l’eau montera et remplira progressivement l’image, jusqu’à les submerger. Le problème de l’eau est très présent au Mali et draine beaucoup de drames.
Comment avez-vous abordé le sujet ? préparation ? contacts ? recherches préalables ?
DL: J’ai obtenu la Villa Medicis hors les murs pour aller en Sierra Leone travailler sur les Femmes Mandés qui sont les seules Femmes en Afrique à dessiner et concevoir leurs masques et en plus dirigent la politique, l’économie… Mais les visas ont été refusés à cause de la fin de la guerre, pays jugé encore trop dangereux. Je me suis intéressée au Mali à travers un cinéaste sénégalais: Ousmane Sembene dont le film « Mooladé » m’avait très impressionné sur l’excision. Mais au Mali, le sujet est trop sensible pour être traité par des occidentaux.
Après quelques temps sur place, c’est les enfants et les mères qui nous ont entraîné par leur immense désir d’être photographiés, à développer le sujet de la Famille Malienne.
Quelle a été la réaction des personnes que vous photographiez ? comment ont-elles réagi à votre idée ?
DL: Le grand enthousiasme général sauf quelques exceptions à cause de la religion musulmane, uniquement pour les mères car pour les enfants, il y avait une telle queue et un nombre inimaginable, que l’on s’est senti envahi et dépassé par le nombre.
Comment avez-vous géré l’éclairage ? le placement des sujets ?
JMF: éclairage naturel indirect; les sujets étaient placés en fonction de la lumière et dirigés comme en studio
DL:Pour les Allégories, la recherche est différente, d’abord, il y a le fait que les modèles soient nus, de tous les âges et doivent correspondre intellectuellement et psychologiquement à ce que je recherche. C’est une communion que l’on doit ressentir ensemble car nous nous exposons entièrement chacune! Il y a aussi cet part de plaisir que l’on prend à construire des images où nous nous identifions.
Pourquoi le studio ?
JMF: c’est un outil idéal pour la mise en scène
Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec des lumières artificielles ?
JMF: c’est le travail en studio qui impose la lumière artificielle; les studios lumière du jour sont très rares.
Comment se présente votre studio ?
JMF: un espace vide avec suffisamment de recul pour photographier un groupe d’environ 7 personnes en pied.
Pouvez-vous nous expliquer le placement des sources ?
JMF: tout dépend de la photo en cours; en général source principale de gauche à droite (pour respecter le sens de lecture en occident)
Comment se déroule une séance ?
JMF: maquillage, polas ou tests numériques, prise de vues, pastis.
Quels sont vos rapports avec les modèles ?
JMF: un grand respect.
Avez-vous aussi des maquilleuses ?
JMF: oui, nous en avons une; elle s’appelle Florence et travaille avec nous depuis 1992
Le thème de la séance est-il défini au préalable ou improvisez vous tout au long du shoot ?
JMF: le thème est toujours défini avant, mais la prise de vues reste suffisamment ouverte pour saisir une opportunité si elle se présente; rien que le mot « improvisation » dans le contexte d’une prise de vues m’angoisse.
Comment choisissez vous vos destinations de voyages/reportages!?
DL: en fonction des sujets que l’on veut traiter mais aussi des connexions, car sans rencontre, pas de photos…
Comment s’organise ce genre de voyage ?
DL: C’est une très longue préparation, déjà pour trouver des bourses et ensuite pour établir les connexions.
Une fois là-bas, que faites-vous ? Comment se déroule votre “séjour” ?
DL: On tâtonne, on cherche, on reste ouvert, on oublie ce que l’on a appris, on reste très attentif à ce qu’il se passe et on laisse les préjugés derrière soi.
Quelles ont été vos grandes déceptions ?
DL: Le fait de ne pas pouvoir faire plus de voyages pour réaliser le projet des « nouveaux paysages familiaux de la mondialisation ».
Et au contraire, vos plus belles satisfactions ?
DL + JMF: Au Mali, la remontée de Mopti à Tombouctou, en pinasse , par le lac Debo, un passage hors du temps!
Pouvez-vous nous raconter vos débuts ? Votre premier reportage ? Vos premiers contrats… ?
DL: Jean-michel a commencé par photographier mes travaux artistiques. J’ai été subjugué par le travail d’interprétation qu’il en a fait, au lieu du travail d’illustration traditionnel. Quand nous avons réalisé notre première photo ensemble, bien plus tard, j’ai eu le sentiment que quelque chose d’intense se produisait. J’ai beaucoup de patience et je prends beaucoup de temps pour mettre en place les conceptions, mais au moment de la réalisation, je suis trop impatiente et pas assez pointue. Pour lui, c’est tout le contraire, ce qui fait que l’on se complète assez bien…
Appliquez-vous un ou des traitements à vos photos ? Si oui, lesquels ? qu’apporte d’après vous ce ou ces traitements ?
JMF: en argentique, nous utilisions le traitement croisé pour « booster » le contraste des images couleur; ça permettait de gommer l’aspect très réaliste des nus.
Comment définiriez-vous votre travail ? Points forts, points faibles ?
DL: Je suis très contente de la qualité de mes photographies et aussi du rapport au monde qu’elles génèrent. J’aimerais me consacrer entièrement à elles.
Quel pensez vous de la photographie aujourd’hui (nouvelles technologies, tendances, démocratisation de la photo etc.)?
JMF: j’utilise les technologies numériques; ça fait un moment que je ne les appelle plus nouvelles; elles me facilitent la vie et me donnent accès à un tas de possibilités, qui existaient en argentique mais auxquelles je devais renoncer pour des raisons économiques. Je ne crois pas aux tendances.
Si vous deviez choisir un seul de vos clichés, lequel serait-il ? pourquoi ?
JMF: le prochain; c’est à chaque fois une nouvelle aventure.
Avez-vous des projets ou des idées dans ce domaine ?
JMF: j’ai plein de projets et d’idées dans le domaine de l’image, mais comme Fermat, « la marge est trop étroite pour les contenir »
Aux dernières nouvelles, ils partaient tous les deux au Mali. Nous pouvons juste espérer qu’il nous ramène des belles images et qu’ils nous fassent part de leur nouvelle aventure photographique. A suivre…
Entretien recueilli par Tania Koller.
© Copyright Elizabetha (186x70 cm) 1992
© Copyright Mère Mali
© Copyright Florence (186x186 cm) 1996
© Copyright Fille-Mali
© Copyright Virilité 165x231 cm 2000








Waow, quels pilleurs d’âme, ces gens, ces photographes, quels pilleurs, c’est effarant, et tout ça encensé par les médias, c’est hallucinant ! Evidemment, c’est pas beau du tout, pas beau, archi déjà vu, sans talent. Bon, c’est sûr, on peut photographier, aimer ça, et ne pas avoir de talent. Bien sûr.
Mais de quoi tu parles! pilleurs d’âme, ces artistes donnent du bonheur aux personnes qu’ils photographient, ils s’investissent dans des pays qui n’ont pas beaucoup de moyen, ils sont authentique dans leur production.
Quand à dire ce n’est pas beau du tout, c’est assez restreint comme point de vue,et n’engage que toi. Un travail doit être perçu dans sa globalité, et par les questions et l’engagement qu’il soulève. Et pour reprendre tes mots le talent n’existe pas. Le talent c’est d’avoir l’envie et l’énergie de faire quelque chose.
coucou, bonsoir. Oui, c ce que je disais, le talent, ça peut ne pas exister, on n’est pas obligés de faire avec talent, puisqu’on peut être exposé, montré, porté au pinacle avec un travail assez médiocre. Tu vois, genre les emballages de Cristo pour sortir du champ de la photo, l’art conceptuel qui a pourri Arles et qui reste génial pour des tas de gens. C ce que je disais. En revanche, je pense que ces pilleurs d’âmes font du mal. Juste deux phrases : Levi Strauss qui était un anthropologue qui a étudié vraiment les indiens d’Am du sud disait « Le tourisme, c’est notre ordure jeté au monde ». Autre anecdote : une amie photographe va régulièrement en Afrique. Elle amène des sacs de bonbons et de stylos pour les gosses qui courent derrière sa voiture. Tu vois l’image ? Notre ordure jetée au monde ? Pour moi, c’est une évidence, on fait fausse route, on détruit tout avec notre technique, nos savoirs, notre médecine… bien sûr c’est un vaste débat, on va pas refaire le monde. Juste que je pense qu’on ne voit rien en regardant ces photos, tout est faux. Je ne suis pas ok avec ton mot authentique. Et qu’on fait du mal à ces gens. Et contrairement à ce que tu dis -que ces gens n’ont pas de moyens- je crois au contraire que ces gens ont beaucoup de moyens, mais que justement notre regard technologique porté sur eux peut les en faire douter. Ma fille de 13 ans mettait le couvert en me disant « Je vais impressionner Pierre (notre invité) en lui donnant nos plus beaux couverts. Je lui ai dit Je ne crois pas que tu vas impressionner Pierre avec des couverts. En revanche, si tu l’accueilles avec un grand bonjour et un beau sourire, et la joie de le voir dans tes yeux, là, il sera impressionné. Voilà, nous, avec l’Afrique, on sort nos beaux couverts et on leur fait douter que c’est leur sourire qui a du sens et de la valeur. Ravie de t’avoir lue, Tania. Moi je me nomme Naïs, ça ne se lit pas forcément.
J’ai pas fais les grandes écoles, par conséquent j’ai pas l’eau à tout les étages et de ce faites j’ai pas tout compris au commentaire d’avant..veuillez m’en excusez.
En tout cas dans cette interview je ressent une profonde humilité à pas écrire n’importe quoi, peut-être même un peu trop timide, et une volonté à évoquer un thème très simple : qui sommes nous ?
Dans cette question, je crois très sincèrement qu’il se dégage des mots comme amour, espoir… Bref une volonté pour la non-violence…
Merci, expopaix, on peut lire ça comme ça, oui. Et l’eau à tous les étages, c juste des branchements, c pas très difficile. Cette formule m’a fait rire…
La non-violence, que ce serait bon pour notre monde !! Je crois que ta lecture des choses me va très bien : c en effet très violent tous ces photographes qui parcourent le monde pour leur propre existence en racontant que c pour les autres qu’ils partent. Tu as l’air très concerné par la paix, c’est un noble souci, ce n’est pas le mien, apparemment, mais ça me touche. au revoir, merci de m’avoir fait part de ta lecture à toi.
La photo, la peinture. Tout ça, on s’en fou. Il y a l’art. C’est tout !
Vous ça fait « longtemps » et… « depuis longtemps », et …ça se voit !
Réussir un mariage- en sécurité, c’ est déjà quelque chose.
Je vous avais tous plaqué- « sévère »- contre un Jean Michel Basquiat, même pas encore célèbre et presque déjà mort.
… Pardon d’avoir été méchante !
martine baronti