
Garry Winogrand USA, Californie. Los Angeles,1969 BnF, dpt des Estampes et de la photographie © The Estate of Garry Winogrand, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco
Le titre fait état d’un choc… Le terme « melting pot » serait plus approprié. Cependant l’exposition commence effectivement par un choc : que du noir et blanc. Mais quel noir et blanc ! Signés par un casting prestigieux, la bnf nous offre à voir 300 tirages d’une riche collection, constituée depuis 40 ans.
Regroupés sous forme thématique, ces photographies nous mènent, au gré des salles, au cœur des villes et dans l’immensité des grands espaces, nous perdant dans la foule et la solitude, nous plongeant dans la vie des grands centres et des marges. Une partie un peu fourre-tout et particulièrement intéressante s’arrête sur le snapshot. La société américaine y est montrée sous tous ses aspects des plus crus aux plus naïfs. L’angle est brut, parfois subversif, moqueur ou mélancolique, mais jamais neutre. On retiendra notamment la série de portrait de Diane Arbus ou les photographies d’adolescents de Larry Clark, qui posent un regard sans fard et sans voyeurisme sur certaines marginalités. Dans une autre salle, la réflexion porte sur le territoire et la ville, invitant le spectateur à changer d’angle de vue sur l’architecture et les signes qui modèlent le paysage urbain, et le rapport à la nature. L’importance de la recherche formelle est manifeste. Une salle est d’ailleurs consacrée aux approches mettant l’accent sur les expérimentations graphiques. Enfin, un dernier volet ouvre la porte à l’imaginaire et aux fantasmes, avec des pratiques plus plastiques aux influences gothiques et surréalistes.

Larry Clark Teenage lust, 1983 BnF, dpt des Estampes et de la photographie © Larry Clark
Les manières d’appréhender la photographie sont diverses, voire éparses, tant dans les sujets que dans les techniques. Il s’agit là d’un échantillon, pas forcément très représentatif du parcours de certains, ni de la période. Pourtant un fil conducteur existe entre ces approches : L’esprit de la liberté, liberté qu’une nation a érigée en symbole et dont est emprunte la démarche de ceux qui la photographie. Ils se sont affranchis de certains codes, sans renier l’héritage de leurs aînés, pour aborder d’une manière personnelle la photographie. Ils ont repoussé les limites un peu plus loin, tant aux niveaux esthétique, technique que dans les sujets. Concernant ce dernier point, il est frappant de constater l’actualité des thèmes abordés tels l’urbanisme, l’environnement, les minorités, le rapport au corps, à l’intimité, la starisation… à près de 40 ans d’écart.
Fleur Jouas


Arthur Tress Série Shadow, 1975 BnF, dpt des Estampes et de la photographie © Arthur Tress

Ralph Eugene Meatyard Romance from Ambrose Bierce #3, 1962 ©The Estate of Ralph Eugene Meatyard, courtesy Fraenkel Gallery, San Francisco

Jeffrey K. Silverthorne Ugly Pat, 1972 BnF, dpt des Estampes et de la photographie ©Jeffrey K. Silverthorne
Exposition du 29 octobre 2008 au 25 janvier 2009.
BnF – Site Richelieu
Galerie de photographie
58 rue de Richelieu – Paris IIe
Métro : Bourse, Palais Royal, Pyramides
Bus : 20, 21, 27, 85, 74, 39
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Pour ma part j’ai été déçu.
Peut-être as tu bénéficié d’un jour calme où l’unique salle toute en longueur n’était pas bondée, ce qui déjà évite la mauvaise humeur dès l’entrée.
Quoi qu’il en soit, on ne voit pas de ligne directrice dans la sélection, qui ne présente qu’une faible partie de la collection. L’exclusion pure et simple de la couleur est un choix qui me semble devoir être expliqué : ce n’est pas le cas comme d’ailleurs manque à l’appel toute explication, toute pédagogie, façon de faire regrettable pour un établissement public ayant une vocation culturelle.
Je passe sur le prix de l’ouvrage, dans lequel peut-être on trouve des explications, vendu à la BNF à prix hélas habituel, c’est à dire prohibitif.
Tout cela donne à penser, au final, que la BNF vise une certaine intelligentsia : pas d’aide didactique, un ouvrage hors de prix, un choix de photos noir et blanc réputées moins accessibles au grand public (qui côtoie des photos noir et blanc en 2009 hormis les fins lettrés ?). Bref, une déception.