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Actualité, Expositions

David La Chapelle : Grandeur et décadence à l’Hôtel de la Monnaie.

26.03.09 | Laure Delmoly | 4 Comments

Déluge - (c) David La Chapelle

Déluge - (c) David La Chapelle

Dès la première salle, l’armoirie du XIXe siècle côtoie un portrait kitsch de Courtney Love. L’exposition se présente comme un musée inversé. Un lieu historique et un peu vétuste, l’Hôtel de la Monnaie, expose un travail kitsch, clinquant et contemporain. Les deux cents clichés de David La Chapelle frappent par leurs couleurs criardes et leur mélange de genres : les scènes bibliques sont détournées en clichés contemporains mêlant star-system, hyperconsommation et culture « trash ».

Les « making of » des clichés de l’artiste américain rappellent sa spécificité par rapport aux autres photographes. David La Chapelle travaille comme un cinéaste. La scénographie se prépare quarante-huit heures avant la prise de vue. Les sujets, tels des figurants, attendent pour jouer des scènes qui seront figées par l’œil du photographe. Le story-board est précis. Mais la photo n’est jamais retravaillée. La mise en scène est souvent baroque.

« Je ne communique pas avec l’élite, je veux toucher le grand public », insistait-il, lors du vernissage de l’exposition, pointant du doigt une installation intitulée Decadence – The Insufficency of all Things Attainable. Cette œuvre en trois dimensions est une version moderne du « Jardin des délices ». Paris Hilton, star de l’hyperconsommation et du matérialisme du monde contemporain est présentée en reine du jardin. Le sol s’ouvre sur l’enfer des flammes. Le discours est didactique : l’homme contemporain est obsédé par les possessions matérielles. L’artiste détourne les scènes bibliques en y insérant des signes de décadence contemporaine non négligeables : seringues, médocs, et panneaux publicitaires pour fast-food ou grandes marques de luxe.

L’œuvre Déluge est inspirée de la fresque de Michel-Ange peinte sur la voûte de la Chapelle Sixtine à Rome. Le thème est maintenu : l’humanité s’est dissoute dans une société moderne, consumériste et décadente. Ici, le musée prend l’eau comme dans Musée Haut Musée Bas, la pièce de théâtre récemment adaptée au cinéma de Jean-Michel Ribes. Ceci n’est pas une Pipe de René Magritte flotte au milieu des débris de tableau. On aurait envie de dire, ceci n’est plus de l’Art.

Lil Kim - (c) David La Chapelle

Lil Kim - (c) David La Chapelle

David La Chapelle interpelle lorsqu’il décortique la nature narcissique des stars. Les clichés d’Angelina Jolie, Pamela Anderson, Courtney Love, Naomi Campbell ou Cameron Diaz ont fait la renommée sulfureuse de l’artiste. Les stars contrôlent leur image publique dans un univers sur-médiatisé et David La Chapelle en joue. L’obsession du corps parfait et les caprices des stars hollywoodiennes sont personnifiés : Lil Kim est tatouée de Louis Vuitton et Amanda Laporte sniffe des diamants.

Inspiré par les poèmes de William Blake qui révèlent les paradoxes de l’homme et de la nature, David La Chapelle lutte contre la pensée religieuse dans un contexte de guerre de religions. L’œuvre Guerre Sainte fait penser à une scène de film américain. Les trois grandes religions monothéistes y sont représentées. L’évolution est là, ou plutôt ce que l’homme a fait de la religion : à droite le paradis, à gauche, la guerre des civilisations avec des versets du Coran sur un téléphone portable.

Quand David La Chapelle s’attache au portrait de familles, c’est pour montrer le déclin du modèle de la Middle Class américaine. La guerre du Vietnam commence. Des éléments patriotiques américains comme le drapeau US ou des fusils sont rajoutés au milieu de beuveries familiales et de mamies en collant rose faisant de l’aérobic. L’engagement est politique. David La Chapelle dénonce le déclin du modèle américain.

Enfin c’est la solitude des grandes métropoles, les catastrophes naturelles (l’artiste vivait en Caroline du Nord où les ouragans sont fréquents), la mort provoquée par le virus du sida qui sont mis en scène. Les photos sont décalées et subversives. Le détournement est toujours présent comme dans ce cliché représentant un Jésus noir un téléphone portable à la main. Ces images ne représentent jamais la réalité. David La Chapelle s’explique : « Si vous voulez la réalité, vous n’avez qu’à prendre le bus ».

Laure Delmoly

L’exposition rétrospective de David Lachapelle

La Monnaie de Paris
du 6 février au 31 mai 2009
11 quai de Conti, 75006 Paris

4 Commentaires

  • Le 06.05.09 what? a écrit:

    ‘Ceci n’est pas une Pipe’ de MATISSE ???????????

  • Le 06.07.09 Jeremy Barré a écrit:

    Corrigé ! merci !

  • Le 05.19.10 SEX a écrit:

    SEXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXY

  • Le 08.16.10 Exposition Willy Ronis à la Monnaie de Paris du 16 avril au 22 août 2010 | Fill-in a écrit:

    [...] l’exposition déjà remarquée de David Lachapelle, la Monnaie de Paris ; avec l’aide du Musée du Jeu de Paume ; expose 150 photos, du photographe [...]

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