Pour ce nouveau « rencontre avec », Serge Chiaffrino nous présente un magnifique reportage photo sur la Mongolie !
Serge Chiaffrino, si vous deviez-vous présenter en quelques mots ?
J’ai 51 ans.
Je crois que la définition que j’ai choisi pour Facebook est assez représentative de mon état d’esprit : un fêlé de l’image … n’importe quoi, n’importe qui, n’importe où, mais pas n’importe comment ! Faut de l’harmonie !!!
J’ai acheté mon premier boitier en 1982, un Canon AE1 avec un 50mm et rapidement un 300mm.
Au départ, je suis venu à la photo parce que je pratiquais la taxidermie. Pour mettre en forme les animaux que je naturalisais, je me servais de photos dans les livres, mais les livres animaliers n’étaient pas à la mode à cette époque et coûtaient relativement chers. Je me suis dit que j’allais me constituer ma base de données.
Apprentissage :
J’avais acheté une encyclopédie sur la photo et je me suis lancé sur le terrain. Apprentissage difficile puisque je devais acquérir la maîtrise de l’appareil et en même temps, je découvrais la photo animalière avec ses contraintes énormes. Au studio, il suffit d’orienter la lumière et de placer son sujet; dans la nature, c’est toi qui doit te positionner par rapport à la lumière, au vent, et ensuite espérer que l’animal ne t’ait pas repéré et vienne à portée.
J’ai fait des études de garde chasse et j’avais un collègue qui pratiquait la photo de nature; nous faisions des sorties le mercredi après midi.
En argentique, avec mon vieux Canon. Le 300mm que j’avais, n’ouvrait pas beaucoup et comme je faisais de la diapo en 100 ASA, j’étais souvent confronté au manque de lumière. Cruelle réalité. On ne peut pas dire au renardeau qui joue en forêt à 7 mètres:<< arrête de bouger, je suis seulement au 8ème de seconde !!!>>
Je me suis rapidement inscrit dans un club photo et la première fois que j’y ai ramené des images, le commentaire a été plus réservé que ce que j’attendais: << c’est bien, t’as un bon matériel, tes photos sont nettes ! >>. Moi qui croyait, conforté par les critiques familiales, que je faisais les meilleures photos du monde, je suis tombé de mon piédestal. Ils trouvaient à chaque fois qu’il y avait trop de ceci ou de cela, pas assez de ceci ou de cela, que j’aurais dû cadrer comme ça, faire attention au truc à l’arrière etc…. Bref, école difficile mais au combien formatrice ! Comme disaient les anciens, si tu restes et persévères, c’est que t’as les tripes !
qui serait-il ?
A mes débuts j’ai été très impressionné par Hans Reinhard. De ses photos animalières se dégage une ambiance vraiment énorme. Il m’a amené à faire ce constat primordial pour moi : faut qu’il y ait de l’émotion dans une image.
Avec quel matériel travaillez vous ?
Aujourd’hui je travaille avec le D300 Nikon et une gamme d’objectifs qui va du 18-70 au 500mm. J’ai débuté en numérique avec le D70.
Quel(s) type(s) de photos réalisez-vous ?
Tout m’intéresse. Je suis capable de passer 2 heures sur un bouquet de fleurs, de mettre en œuvre une séance délire avec modèle, voiture de collection et décor de vieux château ou de rester une semaine au fond d’un marais polonais pour trouver un oiseau. Je fonctionne à l’émotion. Si je sens que je peux faire une belle image, alors je fonce. Mais je dois dire que depuis quelques temps j’aime beaucoup me tourner vers l’Humain, avec un H majuscule.
Pour être capable de restituer une émotion, il faut que la technique soit acquise et reste quelque part bien rangée au fond de la tête, tu t’en sers sans réfléchir. Tu peux ensuite te tourner vers le sujet et faire en sorte qu’il y ait osmose entre lui et toi.
Avec l’Humain, il te faut créer une connivence avec le modèle. Pour cela il faut être très ouvert, modeste, à l’écoute de l’autre. Si le sujet se sent en confiance, il est naturel et te donne ce que tu attends. Aujourd’hui je suis mûr pour ce genre d’échange et j’y prend beaucoup de plaisir.
Je fais toutes les photos que j’ai envie de faire. Je rêve seulement encore de plusieurs voyages avec des rencontres fantastiques.
Pour la Mongolie, cela faisait 20 ans que j’en rêvais. Le jour où cela a pu se réaliser, j’ai foncé. Je voulais aller à Tsengel Nur, rencontrer l’ethnie qui élève selon la tradition des aigles pour chasser. De ma formation de garde chasse, j’ai gardé une fascination pour les rapaces.
Je suis allé chercher sur internet des renseignements, j’ai beaucoup lu, puis j’ai constitué un groupe d’amis. On a préparé le voyage pendant presque un an avant qu’il ne se réalise.
C’était un voyage « clés en main », c’est à dire que nous avions défini à l’avance les endroits où nous voulions aller et nos besoins. La responsable de l’agence à Oulan Baatar qui nous a assuré la logistique avait tout préparé avant notre arrivée. Nous avions dû, par exemple, penser à faire poser des allumes cigares sur les véhicules … ben oui, en numérique il faut pouvoir recharger les batteries et vider les cartes mémoires. Et bien sûr nous étions arrivés avec des convertisseurs pour transformer le 12 volts du 4X4 en 220 volts pour nos chargeurs.
Comme le trajet était fixé approximativement, nous roulions toute la journée et chaque fois que quelqu’un sentait un sujet, il n’avait qu’à dire :<< Stop>> pour que le chauffeur tire le frein à main. C’était un voyage de photographes et comme nous plantions la tente chaque soir, qu’on s’arrête 10mn ou 2h ne changeait pas grand chose. Le seul impératif était d’être l’avant dernier jour à Hovd pour reprendre l’avion du retour sur Oulan Bataar.
Au fil des kilomètres, les rencontres sont toujours magnifiques, sur 4000 clichés, jamais un refus. Chaque fois que tu vois une scène de vie intéressante, tu descends du 4X4 avec un sourire, tu montres l’appareil photo et on te répond par un sourire. 5 mn après, on t’invite sous la yourte à partager le thé et le fromage.
Si on s’intéresse aux gens, ils s’intéressent à nous. Un séjour placé sous le signe de la découverte.
N’avoir pu rester plus longtemps … c’est le seul regret. Quand ça fait longtemps que tu fantasmes sur un voyage, tu te dis : << j’espère que je vais voir ça, j’espère que j’aurais la chance de ceci ou cela etc …>> . Mais autrement, tout était encore mieux que dans mes rêves les plus fous.
La rencontre avec le peuple Mongol, leur gentillesse. Ces gens ne savent pas écrire hospitalité, mais ils la pratiquent au quotidien. C’est leur façon de vivre, et aussi, ils sont en harmonie avec tout ce qui les entoure.
Pour moi, la plus belle image sur les 4000 que j’ai faites en Mongolie, c’est le portrait d’une fillette avec une belle lumière et une expression magnifique dans son regard. Il s’est passé quelque chose entre elle et moi à ce moment là.
Je suis resté longtemps un photographe de nature avant de tourner mon objectif vers d’autres sujets. L’occasion d’apprendre la patience et la maîtrise technique. La première image dont je suis fier est celle d’un cerf au brâme, un matin d’octobre après avoir dormi dans un mirador. Une silhouette sur fond de couleur automnale, très graphique. Plusieurs nuits seul en forêt et une seule vrai belle photo en récompense. Je dis souvent que la photo de nature se mérite.
Par la suite, intéressé par le charme intemporel qui s’en dégage, et parce que j’avais de la famille qui n’habitait pas loin, je suis allé m’immerger une semaine entière dans la folie du carnaval de Venise. Un autre sujet différent, très coloré, d’un abord très facile pour le photographe, car les personnes costumées sont narcissiques et se prêtent volontiers au jeu. J’ai adoré, et même été invité à une soirée privée dans un palais. On se serait cru dans un film, du décor et des participants se dégageait une ambiance irréelle, féerique.
Pas de contrat pour l’instant, quoique je sois ouvert à toute opportunité.
Aujourd’hui je prend beaucoup de plaisir à réaliser des expos, j’aime le contact avec le public quand il est touché par l’émotion qui ressort de mes images.
Lorsqu’il s’agit de reportage, je n’applique aucun traitement aux images. La vérité et l’authenticité sont primordiales. Par contre, j’ai réfléchi sur la Féminité et là, j’ai laissé courir mon imagination. Il faut dire que les femmes ont de nombreuses facettes, c’est pourquoi j’ai mélangé couleur, noir et blanc ou les deux dans certains clichés de cette expo.
Quelque soit le sujet, j’aime réaliser des choses pures et harmonieuses. C’est ma façon de regarder qui dicte la photo.
Difficile de parler de soi en ces termes. Ce qui est sûr, c’est que je n’hésite pas à shooter plusieurs fois la même image, jusqu’à ce ce que j’arrive à faire celle que je voulais. En argentique c’était très coûteux et me limitait, aujourd’hui je me lâche (rire).
Points forts ou faibles, c’est au public qu’il faut demander.
Que pensez vous de la photographie aujourd’hui (nouvelles technologies, tendances, démocratisation de la photo etc.)
L’arrivée du numérique a révolutionné la photo. Plus de confort ( sensibilité multiple, possibilité de voir un aperçu de suite … ) mais aussi de nouvelles contraintes techniques ( balance des blancs, choix de la sensibilité, logiciels … ). Le photographe d’aujourd’hui doit être aussi un peu informaticien.
Par contre, je n’accroche pas du tout sur certaines nouvelles photos. Beaucoup de personnes, après avoir acquis un boîtier numérique, se sont déclarées PHOTOGRAPHES (rire). Les tendances au mal cadré, pas net, pseudo photos intellectuelles ne me plaisent pas. Pour moi, une photo c’est sensé traduire une émotion, sinon je ne m’y retrouve pas. Cela dit, il y a pleins d’excellents photographes qui font des choses magnifiques ! Et même si certains sujets ne m’auraient pas attirés j’aime aller voir ce qui se fait. Il faut toujours garder l’œil ouvert sur le monde qui nous entoure. La curiosité est un moteur qui me pousse.
J’aime bien le fait que ça devienne plus accessible à tout le monde, il y a certainement beaucoup de personnes talentueuses qui s’ignoraient avant de s’essayer à la photo.
Très très dur de ne choisir qu’une seule image ! A chaque fois que j’appuie, je laisse un petit bout de moi même, alors là, en choisir une seule, j’en suis incapable. Plutôt une par série, ça c’est faisable.
J’adore arriver à mes fins. Quand je pense une série, il m’arrive souvent de faire qq croquis rapides pour placer la lumière, les différents éléments. J’aime bien le moment jubilatoire où tout se met en place, quand les choses s’enchaînent les unes après les autres. Et quand je passe à l’action c’est le summum.
Des idées et des projets, j’en ai des dizaines … Encore pleins de moments de bonheur à appuyer sur le déclencheur en prévision. Futures expos sur le regard, la tombée de la nuit, ou encore voyage ( je pense retourner en Mongolie pour voir le désert de Gobi et pleins d’autres lieux qui me fascinent ).
Exprimez-vous !
Je disais plus haut qu’en photo tout m’intéresse. En fait j’ai monté des expos sur des thèmes aussi variés que la nature cévenole, le carnaval de Venise, Eve, les champignons, la Féminité ou des voyages en Mongolie ou Mauritanie parce qu’avant tout, je suis un faiseur d’image. J’aime capter une émotion et je ne suis jamais aussi content que lorsqu’en plein vernissage, quelqu’un vient me demander : » et pour celle là ??? ça s’est passé comment ? »
Merci à Serge Chiaffrino
Tania Koller








quel talent!! et surtout quelle chance de pouvoir t’exprimer sur de telles rencontres à travers notre planete…
Bravo et continu à nous faire rêver ainsi.
Tony
Tel que je te connais! C’est parfait continue ainsi.
Ta fille, Aurélia.
Très bonne interview qui donne envie à son tour de se professionnaliser dans la photographie. Quand j’aurais les moyens de me payer un outil de qualité, je verrais ce que je peut en faire. Je suis tout à fait d’accord avec la révolution du numérique. Même si certains pensent que cela a tué le professionnalisme en question