
Sangatte, Pas de Calais, 2001
Ma proche banlieue est le travail sur 30 ans d’un photographe engagé, qui aime la banlieue, ou devrais-je dire « les » banlieues, et les donne à voir sans fard ni artifice. Patrick Zackmann présente une banlieue plurielle, à multiples facettes. Il refuse les clichés résumant la banlieue à une zone de violence et de non droit.
L’exposition présente :
2 films :
- La mémoire de mon père (1996 – 31mn)
- Bar Centre des Autocars (2007- 56 mn)
163 clichés regroupés en une dizaine de thèmes:
- Des paysages urbains, mais aussi des intérieurs urbains ;
- Des jardins ouvriers en bas des tours ;
- Des maliens en France et leur famille restée au Mali ;
- Des lieux de prière vides ;
- La fuite pour l’Angleterre d’immigrés clandestins qui tentent de quitter Sangatte, no man’s land perdu dans la banlieue de Calais;
- La démolition d’une barre de la Cité des 4000 à La Courneuve ;
- Des femmes en boubous
- Les émeutes de 2005 à travers le journal télévisé chinois.
En effet, il est en Chine lorsque les banlieues françaises s’embrasent en 2005. Il ne suit ces évènements qu’à travers le journal télévisé local. L’exposition commence ainsi par des captures d’écran qu’il a alors effectuées afin de dénoncer la vision simpliste et dangereuse de la banlieue proposée insidieusement par les médias.

Journal télévisé de la CCTV chinoise sur les émeutes des banlieues en France- Shanghai, Chine, 2005
Mais surtout, à mon sens, au cœur de cette exposition, la série de binômes photographiques avant/après :
- En noir et blanc, de jeunes adolescents des quartiers nord de Marseille, photographiés une première fois en 1984 lors d’un stage de photo animé par Patrick Zackmann, qui leur proposait de travailler sur le thème de l’identité;
- En couleurs, ces mêmes ados mais vingt ans plus tard, qu’il a retrouvé.

Série : Quartiers nord de Marseille. Chérif, Yahia et Hocine, “La terre rouge”. Cité Bassens, Marseille. Septembre 1984 © Patrick Zachmann / Magnum Photos

Série : Quartiers nord de Marseille. Chérif, Yahia et Hocine, “La terre rouge”. Cité Bassens, Marseille. 23 ans après, juillet 2007 © Patrick Zachmann / Magnum Photos
Cette expérience est une interrogation ouverte : que sont-ils devenus? Ont-ils réalisé leurs rêves? Cet atelier de photographie a-t-il participé à les construire en tant qu’adultes?
Patrick Zackmann invite à voir la banlieue différemment. Avec son regard sans complaisance mais bienveillant, ce photographe de la quête d’identité, capte des banlieues, des hommes, des instants de vies en prenant en compte la singularité de chacune.
La violence du présent et la vie qui cogne me prennent à la gorge. L’opposition noir et blanc /couleur sur imprime cette sensation. Comme des livres ouverts, ces visages semblent conter des histoires, mon histoire, votre histoire.
A cotés de ses clichés, vous découvrirez les travaux de ses anciens modèles sous la forme de livrets de fin de stage accompagnés de commentaires, de poèmes troublants, parfois déchirants.
Extrait d’un poème d’Aïcha, 16 ans :
J’observe dans mon obscurité
tous ces vieillards agenouillés
est-il vrai que leur sort leur était destiné ?
Moi je sais que la vie les a devancés
la peur les a paralysés
le travail les a épuisé
en moi ressort une haine si profonde
que même les mots s’enlacent
je crie mon rang
où est ma place ?
Son obsession : regarder la banlieue autrement, prendre du champ. Révéler ces histoires étouffées, refoulées à la périphérie des villes, exclues des médias et dissimulées au public.
S’éloigner des lieux communs dont le « centre » ne se saisit que trop vite lorsqu’il s’agit d’en parler dans l’urgence parce que des révoltes éclatent, surexposant une violence qui devient alors le symbole réducteur d’un lieu et qui, en définitive, en masque la réalité. Aller au-delà et montrer finalement la banalité de la vie des habitants de la banlieue, ces hommes et femmes qui appartiennent à l’histoire de la France, qui la façonnent aussi, qui la vivent de l’intérieur, au même titre que tous les autres.

Fresnes, Val de Marne, 1997
La banlieue, « sa banlieue » dit Zackmann, qui a ses joies, ses douleurs, souffre, rit, se bat, aspire, rêve ou désespère devient ici, le centre. Il l’aborde sous de multiples angles et à travers le prisme de ses habitants qui n’ont pas la possibilité de se faire entendre. En leur donnant la parole, par ses films (Bar Centre des Autocars notamment) et ses photographies, Zackmann rend à la « périphérie » sa juste place. Il cherche à en changer l’image proposée par les médias, non pour la rendre « moderne et joyeuse » mais pour la montrer telle qu’on ne la voit pas de l’extérieur, quand on n’y met pas le nez. Il en expose les visages infinis, les paradoxes, les maux et les richesses. Il photographie et filme « entre les murs », des vies d’hommes et de femmes français et étrangers, habitant « hors la ville » mais étant pourtant au centre de ses obsessions, de ses recherches, de ses quêtes, de ses rencontres avec l’autre, avec soi… si proches.
La série Quartiers nord de Marseille ainsi que le film Bar Centre des Autocars me rappelle à maints égards le documentaire de Raymond Depardon Donner la parole. Pour l’exposition « Terre natale. Ailleurs commence ici » dont le titre n’est pas sans lien avec le travail de Patrick Zackmann, il a filmé et écouté les représentants de peuples oubliés. Des hommes et des femmes dont la langue et par conséquent une partie de la culture sont menacés. Ces deux photographes et cinéastes ont en commun cette quête d’identité et ce besoin d’aller chercher ailleurs les morceaux d’une mémoire incomplète.
Blanche Lepetit

Maliens, ici et làbas : Moussa Diarra retourne dans son village natal après 12 années d’absence Diouncoulane, Mali, 1994
Informations Pratiques
Ma proche banlieue – Patrick Zachmann
Photographies 1980-2007
EXPOSITION DU 26 MAI AU 11 OCTOBRE 2009
CITÉ NATIONALE DE L’HISTOIRE DE L’IMMIGRATION
Gratuit pour les moins de 26 ans et pour tous le 1er dimanche de chaque mois.



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Effectivement je ne connaissais pas non plus, heureuse découverte