
Voici une nouvelle rubrique « Cinéma ». Parce que l’on aime la pensée transversale, parce que ce sont des images en mouvement.
Le cinéma parle des drames et des joies de notre époque. Mais que les amoureux de la photographie ne s’inquiètent pas, la photographie restera notre terrain de prédilection.
D’amour et d’eau fraîche, deuxième film d’Isabelle Czajka, dresse le portrait de Julie Bataille, 23 ans, Bac +5, ses galères pour entrer dans la vie active et sa rencontre avec le beau et ténébreux Ben… On regrette un peu que la bande-annonce dévoile la chute, certes prévisible, mais le spectateur aurait eu plaisir à nier l’inexorable…
Si le film dénonce avec une certaine justesse l’hypocrisie et la bêtise du monde du travail d’aujourd’hui, à travers les cruelles expériences de Julie, le film vaut le détour pour cette sorte d’harmonie constante entre les émotions de notre héroïne et l’esthétisme global du film. La réalisatrice choisit un réalisme brut, des plans fixes et lents, la lumière blafarde d’une matinée d’octobre parisien, la nudité sans complexe d’un quadragénaire, pour nous transmettre la vulgarité du quotidien dont Julie tente de s’extirper. Et d’ailleurs, lorsqu’il s’agit d’amour, la caméra devient plus clémente, les couleurs plus douces, les images et les personnages embellissent.
Mais Isabelle Czajka a surtout le mérite de révéler avec une acuité certaine les contradictions d’une génération de paumés sur-diplômés, balancés entre deux extrêmes, la nécessité de se tirer de la précarité et la nécessité – ô combien vitale – de vivre avec ses tripes, de sentir, d’être libre… La réalisatrice prend bien-sûr parti pour la deuxième option : c’est le frère de l’héroïne, cadre dynamique overbooké expatrié en Suède, qui « vit comme un chien », et non la petite Julie qui se lave à la piscine parce qu’il n’y a pas de douche dans son appartement parisien. Le film, certes d’un pessimiste certain – jouir ou réussir, il faut choisir – a en tout cas le mérite de dévoiler les questionnements auxquels se livrent de plus en plus de jeunes diplômés, pour qui l’aspiration au bonheur semble devenu un concept anachronique. Encore nous reste-il l’amour !
Un prochain article sur les amours imaginaire de Xavier Dolan est en cours…
Suzanne Galéa



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