
© Koos Breukel
Étage +3 Koos Breukel, ‘Faire Face’
Dans l’espace de gauche je découvre le magnifique travail du photographe hollandais né en 1965. Il pratique déjà la photographie et l’art du portrait depuis plusieurs années lorsque il sort miraculé d’un accident de voiture. À partir de ce moment, il ne s’attachera plus qu’à réaliser des portraits et il choisira tout particulièrement des modèles blessés, au propre comme au figuré. Il met en lumière, en effet, de manière sensible et empathique, ceux qui ont du se battre pour continuer leur vie. Ainsi nous font face, en grand format, des portrait au piqué incroyable, certain nous fixe, d’autre pas vraiment mais chaque visage, chaque corps photographié nous transmet cette émotion propre au combattant, au survivant, au résistant.

© Fabien Chalon
Étage +3 Fabien Chalon, ‘L’abandon’
C’est la première grande exposition de cet artiste plasticien. Les usagers de la gare du nord sont familiarisés à son travail grâce à la sculpture monumentale interactive installée depuis 2008 dans le hall de la gare : ‘le monde en marche’. Ici il nous propose cinq œuvres animées : sculptures – machines composées de micro caméras, d’écrans vidéo, d’équipements sonore, de petits objets. De la taille qu’un écran de tv , ce qui permet un dialogue intime avec le spectateur, ces sculptures sentimentales invitent au voyage et au rêve.

© Kimiko Yoshida
Étage -1 Kimiko Yoshida, ‘ Là où je ne suis pas.’
Au sous-sol, on découvre le surprenant et curieux travail de cette photographe japonaise née à Tokyo en 1963. Une série de 4 autoportraits quasi – monochromes, ‘ la mariée en mao,’ nous accueille. Les quatre photographies sont à priori identiques dans la composition, seule la couleur (vert, bleu, jaune et rouge) les distinguent. Kimiko Yoshida y pose en uniforme militaire chinois puis avec attention on découvre de subtiles variations dans les costumes et dans les accessoires (petit livre rouge, médailles militaires..). Ensuite mon regard se noie dans la série des ‘Mariées célibataires’ commencée en 2001. En grand format carré (elle utilise un Hasselblad et du film diapositive 6×6), un mur d’autoportraits monochromes noirs fait face à un mur d’autoportraits monochromes blancs. Kimiko se grime, se transforme. Sa peau emprunte systématiquement la couleur du fond, ainsi son visage, son identité s’y dissout. Parfois le maquillage des lèvres ou des yeux nous permet de ‘repêcher‘ les traits de son visage. Chaque mariée me pousse d’émotion en émotion ; alors que le buste rouge ‘Marie-Antoinette recapitée en geisha’, planté au milieu de cette salle, me fait sourire, ‘la mariée torero en costume de lumière noire dans le souvenir de Picasso’ m’émeut particulièrement. Qu‘en est-il de l’autoportrait, lorsqu’une même figure se répète à priori, sans pourtant être identique à elle-même ?
On comprends qu’en saturant l’espace de ses autoportraits en mariée monochrome elle nous les fait justement perdre de vue. Le titre de cette exposition résonne juste ‘Là où je ne suis pas’. Elle insuffle une dimension nouvelle au genre, à un moment tant couru, de l’autoportrait en ne le concevant que comme disparition.
Les titres de ses séries sont de véritables oxymores, ainsi je poursuit l’exploration de son travail sur la série des ‘peintures, autoportraits’. Elle y détourne des objets usuels (pantalon, pull…) pour s’en faire des coiffes style grand siècle ,les photographies sont ensuite tirées sur des toiles. La fin du parcours nous présente sa série réalisée en 2010 qui marque son entrée dans l’image numérique. Elle construit un deuxième volet de la série ‘peintures, autoportraits’ accompagné d’une création sonore de Goran Vejvoda. En ayant accès au patrimoine Paco Rabanne, elle se coiffe des créations du couturier en référence aux chefs d’œuvres des maîtres anciens de la peinture.
Un diaporama de 30 min, ‘There Where I am Not’ nous montre un plus large panel de ses autoportraits quasi-monochromes réalisés entre 2001 et 2010.

© Ernestine Ruben et Mi Jong Lee
Étage – 0 Ernestine Ruben et Mi Jong Lee, ‘Images au Corps’
Lorsqu’une photographe, Ernestine Ruben, ‘cherche à rendre visible le caractère voluptueux du corps et de l’esprit, de la nature et de l’espace’ et plus particulièrement les quatre éléments (terre, eau, air et feu) et qu’elle rencontre une styliste, Mi Jong Lee, que né-t-il de cette rencontre artistique ?
6 images qui ressemblent au motif des écrans d’ordinateur en veille pour représenter les éléments, images imprimées sur des tissus pour que la styliste en face des robes.

©Tania et Vincent
Étage +1 Tania et Vincent, ‘Consumation. Consommation de luxe dans un Citizen K’
On y découvre ou re-découvre en grand format le travail des photographes Tania & Vincent réalisé pour le magazine Citizen K.
Formés à la photographie et au graphisme à l’École Cantonale d’Art de Lausanne, ils composent des images à la mise en scène folle et au rendu léché sans que n’intervienne jamais le montage numérique, pour le désormais célèbre magazine de mode. Leurs images se construisent en studio avec des collages et des objets aux échelles différentes, un mot est associé à chacune d’elles, on perçoit clairement leur formation suisse au graphisme. Leur travail, ici, s’articule autour des mots et de la résonnance produite par les images auxquelles ils sont associés, non sans un certain humour.

© Karl lagerfeld
Étage +2 Karl Lagerfeld, ‘Parcours de travail’
Deux salles s’offrent à nous pour la première exposition de photographies du célèbre couturier. La première ( suivant le sens du parcours), ‘l’atelier du regard’, nous présente une partie inconnue et peu attendue de son travail, un aspect plus expérimental. Ici ses clichés s’intéressent à des sujets plus traditionnels comme le paysage et l’architecture. Il nous propose, en effet, une série sur Versailles, une autre sur les façades new yorkaises ou encore la Casa Malaparte de Capri. Rien de renversant, ni dans les sujets traités ni dans sa manière de les aborder. On apprécie la maîtrise des tirages présentés et leur diversités (tirages Fresson, résinotypie, transferts de polaroîds retraités à la main, sérigraphies…).
Lorsque l’on pénètre la deuxième salle on est saisie par l’ambiance bleue produite par le néon qui encercle la photographie silhouette grandeur nature d’un Karl Lagerfeld noir et blanc. Le ton est donné, cette partie de l’exposition s’intéresse à la facette la plus connue ou pour le moins attendue de son travail car en continuité avec son personnage public. À savoir, des images de modes réalisées pour la presse ou encore des publicités élaborées dans son atelier. Là encore on peut noter le joli travail de colorisation effectué à la main alors que notre regard se balade d’image en image, de série en série, comme on feuillette les pages d’un magazine de mode. Les images sont bien composées, les lumières maîtrisées mais aucune n’accroche vraiment le regard, aucune n’interpelle. Il démontre son érudition en matière d’histoire des arts en multipliant les séries références ou hommage aux artistes peintres, cinéaste (Roy Lichtenstein, Fritz Lang, Oscar Schlemmer…) de façons plus ou moins impertinentes.
On finit cette exposition dans une salle où se font face deux murs remplis d’images ( aurait – on voulu nous démontrer le foisonnement créatif et productif de monsieur Lagerfeld ?). Ainsi d’un côté, en enfilade sur trois lignes, une soixantaine de portraits de diverses célébrités (Depardieu, Mougladis, Lynch, Birkin, Paradis, Moss…) font face à des images de mode. Il met en scène (avec humour parfois) les modèles, ses vêtements et parfois lui-même dans des chambres d’hôtels, à la plage, en studio…
Dans cette même salle un mur expose les 18 images sérigraphiées en noir et blanc de la série ‘The Beauty of Violence’ réalisée en 2010 ; ensemble qui relève de l’essai en studio, sans autre intérêt, que le joli corps d’un mannequin masculin qui se débat avec ‘violence’ dans le tissus du cyclo …
Aucun rythme et un certain manque de cohérence dans la juxtaposition des images, nous laisse le sentiment que l’accrochage ici n’est pas maîtrisé. Les portraits réalisés pour la presse ne sont pas mis en valeur et là encore aucune écriture n’apparaît. Le style peut nous faire penser à Steichen, Paolo Roversi ou encore Sarah Moon.
Marie Camille Martin


