
Les Amours imaginaires, de Xavier Dolan. Québec, 1h42mn.
Marie est hétéro, Francis est homo. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont cultivés et tous deux tombent amoureux de Nicolas, un bel éphèbe blondinet aux faux-airs de Louis Garrel. On pourrait aisément reprocher au film un esthétisme à outrance, des références trop marquées, une certaine préciosité, un thème – la cristallisation, l’amour à trois – ô combien déjà rabâché. Et certes, les personnages sont d’insupportables petits bobos, qui semblent tout droit sortis du Marais, avec leurs coiffures méchées et leurs fringues vintages.
Xavier Dolan peut donc s’avérer agaçant, surtout quand on apprend que du haut de ses 21 ans, Les Amours imaginaires, son deuxième film, a été retenu dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2010. Mais cette reconnaissance est légitime : le film est magnifique, les images flamboyantes, les influences assumées (notamment les ralentis à la Wing Kar-Waï), la bande originale joussive… Xavier Dolan fait peut-être un peu de « show off », mais tabernacle, il fait du cinéma ! De plus, on ne peut que s’étonner de la pertinence avec laquelle le réalisateur s’est emparé de ce vide amoureux dans lequel baignent homos et hétéros du XXIème siècle, de cette génération de la surconsommation amoureuse, de la solitude et de la superficialité, tel Francis qui comptabilise, blasé, ses relations par de petits bâtons sur le mur de ses toilettes….
Et le must, c’est que Xavier Dolan traite de cette déperdition amoureuse avec un humour glacé – vintage, presque – : les répliques sont cinglantes, nous avons particulièrement aimé le déjà certainement culte chez les bobos « Mais c’est pas parce que c’est vintage que c’est beau! ». Les témoignages de ces jeunes paumés de l’amour, qui entrecoupent le récit de nos trois héros principaux, sont souvent d’une drôlerie irrésistible, par lesquels nous retrouvons, avouons-le, nos propres errances, fantasmes, ou échecs… Enfin, les acteurs sont délicieux, et particulièrement Monia Chokri, hilarante, qui maîtrise à la perfection l’art de la retenue.
Les Amours imaginaires, belle fresque tragi-comique sur le fantasme amoureux, avertit heureusement le spectateur au début du film que, malgré les maintes souffrances et frustrations engendrées par la recherche de l’être cher, “Il n’y a de vrai au monde que de déraisonner d’amour. » Ou comment Alfred de Musset/Xavier Dolan nous évitent le désarroi, et nous invitent à continuer nos errances… avec humour !
Suzanne Galéa



