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Livres, Reportages

Bons baisers de Pripiat : Le livre du reportage de Fill-in à Tchernobyl

29.10.10 | Jeremy Barré | 4 Comments

Après « Great Lakes », « Bons baisers de Pripiat », le livre photo du reportage de l’équipe Fill-in à Tchernobyl est enfin disponible sur Blurb.

Consultez le livre sur le site blurb
Consultez L’ensemble des photos du reportage

Mercredi 30 mars 2010, devant l’hôtel Kozatskiy au centre de Kiev. Nous attendions le minivan blanc qui devait nous emmener près de la frontière biélorusse. Le soleil venait éclairer la place de l’indépendance assoupie et réchauffer l’air de la ville, les restes de brume matinale se dissipaient sous le ciel bleu immaculé. À midi, le sarcophage du réacteur numéro quatre de la centrale de Tchernobyl se dressait devant nous. Sous le vent frais et soutenu du nord de l’Ukraine l’imposant amas de béton se tenait immobile, surplombé en arrière plan par la cheminée partagée avec le réacteur numéro trois, et prêt à fêter son vingt-quatrième anniversaire à la fin du mois d’avril. Rouillé et soutenu de toute part, le sarcophage étalait devant lui le chantier préparant la venue d’un dôme géant, prévu pour le recouvrir et confiner, pendant les cents prochaines années, le danger invisible aux yeux de tous, mais dont les effets s’étaient manifestés à des milliers de kilomètres de l’endroit ou nous nous tenions. Seuls les bips du compteur Geiger de notre guide pouvaient, et ne se privaient pas, de nous maintenir à l’esprit la particularité du site et d’ajouter, à notre sentiment d’incertitude face à ce qui se présentait devant nous, une sensation de perte de repères.

Photo : Jeremy Barré

Nous roulions à faible allure sur cette ancienne route droite, que les hivers rugueux successifs et l’abandon depuis deux décennies avaient transformée en piste. De part et d’autre, les arbres formaient de nouveau une forêt dense et obscure, au travers de laquelle les immeubles d’habitation fantomatiques de Pripiat, apparaissaient fugitivement. Lorsque le voile se leva, nous nous retrouvâmes au centre de la place centrale de l’ancienne plus belle ville d’URSS, inaugurée en 1970 à quelques encablures de la centrale que l’on pouvait contempler depuis les toits. Prévue pour quarante cinq mille habitants, Pripiat s’était figée dans le temps. Les vitres des bâtiments étaient tombées, les écailles de peinture se déposaient en couches sur la mousse et l’herbe qui se glissait à travers le sol goudronné. La neige fondante coulait goutte à goutte du haut des toits formant des flaques d’une eau douteuse, tombant sur des encadrements de fenêtre en bois, pourris. Seuls dans la ville, nous suivions Yuri, lui-même disparaissant dans le décor, nous laissant vivre notre expérience du désastre. Les vestiaires de la piscine, les salles de classe, jonchées de livres d’écoliers, de l’école, les cabines échouées de la grande roue du parc d’attraction dont l’ouverture était prévue cinq jours après la catastrophe. L’activité s’était tue, le temps et la radioactivité continuaient de faire leur œuvre.

Stephen Lecourt (textes) & Jeremy Barré (photos)

Format : 25 × 20 cm
30 pages -  Papier de qualité supérieure, fini mat – à partir de 28,95 €

Photo : Jeremy Barré

Photo : Jeremy Barré

Disponible également, le livre photo du reportage « Great Lakes »

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