Patrick Evesque

Date de Publication: 4 March 2009

Patrick Evesque, Plaidoyer pour une luxueuse solitude, exposition jusqu’au samedi 7 mars 2009, à la Galerie Les 2 Andrés à Paris.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
32 ans, je travaille sur un campus universitaire et suis aussi auteur photographe. Je suis quelqu’un de passionné qui adore se retrouver dans la nature en pratiquant différentes activités comme l’escalade, la rando et un peu d’alpinisme.

Depuis quand pratiquez-vous la photographie ?
Gamin, j’utilisais le boitier de mes parents pour faire quelques photos de famille, de nos virées en montagne ou en vacances. Mais j’ai vraiment plongé, il y a environ 7 ans. Ma mère a ressorti une photo qui semble être ma première photo, j’avais alors 6 ans. On a bien rigolé. Elle est d’ailleurs depuis sur mon blog.

Qu’aimez-vous dans la photographie ?
J’aime me poser, prendre mon temps, ressentir la sérénité des endroits où je vais. J’aime photographier des ambiances en pleine nature. Chaque moment, chaque lumière est un instant unique.

Comment avez vous découvert la photographie ?
Avec mes parents, très jeune mais sans vraiment y attacher de l’importance.
Puis il y a quelques années, après m’être installé à Paris, il me fallait de l’espace, du calme et de la nature, je me suis mis à aller grimper en forêt de fontainebleau régulièrement. Je voulais trouver un moyen d’exprimer et de partager ce que je ressentais en grimpant les blocs. La série « à mains nues » est née, série toujours ouverte depuis. C’est cette série qui m’a fait découvrir les différents aspects et les différentes techniques de la photographie que je pratique.

Patrick Evesque, Plaidoyer pour une luxueuse solitude

Parlez nous de ce travail « Plaidoyer pour une luxueuse solitude »
Étrange Terre scarifiée, cieux écrasants, souffle glacial. Somptueux paysages, perpétuelle naissance du Monde. La série présentée lors cette exposition provient de mes séjours en Islande, pays dont la superficie représente environ 1/5 de la superficie de la France pour 1/200 de la population française et qui se situe dans l’océan atlantique nord aux confins du cercle polaire arctique. L’Islande est une zone émergente et active de la dorsale médio-atlantique. Les paysages écorchés et les voluptueuses lumières des pays nordiques appellent à la réflexion sur notre mode de vie. Un mode de vie qui menace l’ensemble de la biosphère de notre planète. Il reste dans ce coin du Monde encore quelques endroits « préservés » des actions irréversibles de l’Homme pour le plus grand bonheur des sens.

Comment l’idée de ce sujet et le choix de l’Islande se sont ils imposés à vous ?
J’ai toujours été attiré par les pays nordiques. Enfant, j’ai vécu dans un petit village des Hautes-Alpes et habitant désormais dans une des plus grandes mégalopoles d’Europe, je suis à la recherche de grands espaces, de nature et de calme, devenus synonymes de luxe. Ce travail, issu d’une recherche photographique sur le sentiment de solitude, mélange donc quiétude et questionnement lors de mes errances nordiques.M’étant rendu dans ces lieux durant l’automne ou l’hiver, afin de pouvoir y trouver une nature à l’état le plus brut possible, je laisse, dans mes travaux, une place prépondérante aux paysages, catalyseurs de vie.

Comment s’est passée pour vous la découverte de ces lieux isolés ? Comment vous êtes-vous « immergé » dans cette ambiance ?
Cette série a été réalisée au cours de deux voyages riches en émotions, de tels endroits ne pouvant vous laisser indifférents, et en rencontres, la population étant d’une exquise gentillesse. Billets A/R, réservation d’une voiture pour être autonome et ma première nuit à Reykjavik comme seuls points planifiés à l’avance. Pour le reste, je me suis laissé guider par mes envies du moment, le vent et quelques photos que j’avais glanées dans des bouquins avant de partir. Quelques rares mais fortes et agréables rencontres ont fait le reste.

Patrick Evesque, Plaidoyer pour une luxueuse solitude

Le titre de l’exposition fait référence à la solitude ; Les notions d’errance et de solitude, qui sont omniprésentes dans ce travail sont-elles indispensables pour vous en tant que photographe ? Ou était-ce une façon d’aborder ce sujet ?
Solitude, errance et Islande étaient indissociables. J’avais besoin de cela pour me « réaliser » dans un tournant personnel de ma vie. Se retrouver derrière un boitier, seul face à de pareilles étendus vierges, permet de se recentrer. Cela a été parfois pesant. Ne pas voir âme qui vive pendant des heures, ne parler à personne pendant des jours, etc… ne sont pas des situations communes dans mon quotidien. Même si je suis, par certains côtés, une personne solitaire, j’aime aussi partager.

Vos photos mettent merveilleusement en valeur la force, la dureté de cette nature sauvage, mais aussi son incroyable fragilité. Ces clichés posent irrémédiablement la question de notre mode de vie car ces endroits, aussi reculés soient-ils, sont les témoins les plus évidents de nos dérives. Pensez-vous que la photo peut jouer un rôle important, aujourd’hui, dans la prise de conscience générale à ce sujet ?
Témoigner a toujours été un des rôles principaux de la photographie. La photographie doit montrer nos dérives mais aussi montrer qu’il existe une porte de sortie. C’est ce que j’essaye de faire en montrant une nature à l’état brut dans ce pays occidental à la pointe de la technologie où l’Homme a compris qu’il fallait vivre en harmonie avec son environnement. Certaines routes ont même vu leurs tracés modifiés pour respecter le lieu de vie des Elfes !

Appliquez-vous un traitement à vos photos ?
Pas de traitement sur la série présentée. Seules certaines photos numériques voient leurs balances des blancs modifiées quand je photographie en intérieur.

Que pensez-vous de la photographie d’aujourd’hui (nouvelles technologies, tendances, démocratisation de la photo etc.)
De formation informatique, je ne suis pas gêné par les nouvelles techniques. Je regrette juste l’oubli des anciens procédés. Développer sa pelloche, faire ses tirages ou utiliser un Pola et faire des transferts est tellement magique. Je trouverai vraiment stupide que tout ça s’arrête. Il faut communiquer et garder l’esprit ouvert.

Patrick Evesque, Plaidoyer pour une luxueuse solitude

Quels sont vos projets photo pour l’avenir ?
Le Nord encore le Nord. Je repars dans les îles Lofoten bientôt et normalement en Islande l’hiver prochain pour quelque chose de nouveau pour moi. Et puis, après un hiver parisien plutôt humide, j’espère que le printemps nous offrira quelques belles journées qui me permettront de continuer mes recherches sur l’escalade.

Article par Jeremy Barré

Correspondances:

Turjoy Chowdhury
Guillaume Flandre